19 septembre: Hommage aux victimes de terrorisme

Le 19 septembre dernier avait lieu la journée des victimes du terrorisme dans les Jardins ed l'Hotel des Invalides. Organisée depuis 1998 par les associatiosn de victimes et notamment l'AfVT, l'Association française des Victimes du Terrorisme, cette journée d'hommage a été présidée cette année par François Hollande qui a promis une réforme du fonctionnement et des règles d'indemnisation.  Ces annonces n'ont pour autant pas semblé satisfaire les victimes, épuisées par le "parcours du combattant" qu'elles mènent depuis des mois voire des années.    Paris – Lundi 19 Septembre 2016 Mesdames, Messieurs, Chaque 19 septembre depuis dix-huit ans, vous vous réunissez ici à l’initiative des associations pour rendre hommage à toutes les victimes du terrorisme. Nous venons de vous écouter, nous les représentants des pouvoirs publics, au-delà des sensibilités, des convictions qui peuvent nous habiter, unis sur l’essentiel. Nous venons de vous écouter, vous, les victimes, les proches, les parents. Avec émotion, vous avez évoqué les êtres chers qui vous ont été arrachés. Ils étaient vos enfants, vos parents, vos frères, vos sœurs, vos conjoints, des êtres plein de vie, des innocents qui n’avaient pas de haine, pas de haine pour personne mais que la haine a massacrés. Avec dignité, vous nous avez dit l’insupportable absence, la souffrance des survivants, des blessés et des proches dont la vie est ravagée. Avec gravité, vous nous avez exprimé ce que vous attendiez de la Nation, bien plus qu’une solidarité, une fraternité. Une fraternité parce qu’à travers vous, c’est la France tout entière qui a été visée. La France de la liberté, la France de la culture, la France des Droits de l’homme, la France qui se bat et combat partout dans le monde pour ses valeurs. Jamais notre pays n’avait été attaqué avec cette ampleur criminelle, avec cette rage destructrice, avec cette cruauté barbare. Voilà pourquoi il était si important que soient entendus les noms, tous les noms des deux-cent-trente victimes tuées par les terroristes depuis le 19 septembre 2015 en France ou à l’étranger. Le 13 novembre à Paris et Saint-Denis, le 15 janvier à Ouagadougou, le 13 mars à Grand-Bassam, le 22 mars à Bruxelles, le 31 mai à Gao, le 13 juin à Magnanville, le 14 juillet à Nice et le 26 juillet à Saint-Etienne-du-Rouvray, tel est le sens de cette cérémonie. A cet hommage, vous avez donné une date, celle de l’attentat commis sur le vol Brazzaville-Paris en 1989 qui avait cent soixante-dix victimes dont cinquante-quatre Français. Vous lui avez donné un lieu, ici, dans l’enceinte protectrice des Invalides. Vous lui avez donné un symbole avec cette statue de Nicolas ALQUIN inaugurée en 1998 par le Président Jacques CHIRAC, pour qui j’ai une pensée en cet instant pour lui dire notre soutien dans l’épreuve qu’il traverse. Ce monument porte une inscription, parole portée. Elle est à la fois celle qui rappelle le souvenir des morts qui forme désormais notre mémoire nationale et la voix des vivants qui exige d’être entendue. Les associations de victimes ici représentées et que je salue portent cette parole auprès des plus hauts responsables de l’Etat mais aussi auprès de tous nos compatriotes. C’est vrai que pendant longtemps le terrorisme était une succession d’événements isolés, une somme de tragédies individuelles, une addition de destins brisés. Pendant trop longtemps, notre Code pénal ignorait même le mot de « terrorisme ». Les victimes n’étaient pas nommées, pas accompagnées, pas écoutées. Elles étaient souvent laissées seules face à leur douleur. C’est précisément le rôle majeur des associations de victimes, notamment l’AFVT et la FENVAC, mais aussi la première d’entre elles, SOS Attentats, fondée en 1985 par Françoise RUDETZKI. Oui, toutes ces associations qui, pendant près de trente ans, ont incarné le combat pour la reconnaissance des victimes du terrorisme. Elles se sont créées pour partager un malheur le plus souvent, pour marquer une solidarité, pour témoigner aussi, pour donner aux autres l’expérience de leurs propres souffrances pour aider à la reconstruction. Vous vous êtes regroupés pour interpeller les pouvoirs publics, bousculer les administrations, proposer des solutions aux législateurs pour que chaque victime soit considérée pour elle-même, même si c’est le même mal qui l’a frappée. C'est à votre initiative qu’a été crée le Fonds de garantie, il y a maintenant trente ans. C’est sous votre pression qu’il a été élargi. C’est également sur votre proposition qu’a été défini le statut de victime civile de guerre, qu’ont été mises en place des cellules psychologiques et étendues les prises en charge. Désormais, vos associations, toutes vos associations, peuvent se porter partie civile. Mais le terrorisme a changé de dimension. Il nous a déclaré la guerre et nous venons de vivre depuis le début de 2012 une série d’attentats perpétrés par le même ennemi : les fanatiques du soi-disant Etat islamique ou Al-Qaïda. Ses victimes se comptent par milliers et aux morts s’ajoutent les blessés et les traumatisés dans leur esprit, dans leur mémoire. Chacune de ces attaques, chacun de ces attentats, chacune de ces agressions est différent dans l’horreur, mais toutes ont les mêmes auteurs et le même but : utiliser l’islam pour le déshonorer, semer la peur et la désolation, mettre en cause la cohésion de notre pays, atteindre notre démocratie, ce que nous avons de plus cher, notre mode de vie, notre culture, notre façon exceptionnelle d’être ensemble. Face à ces drames, face à ces horreurs, face à cette barbarie et à leurs conséquences, oui, le rôle des pouvoirs publics est indispensable mais ils ne peuvent rien faire sans que vos associations soient impliquées dans tous les choix que nous avons à accomplir. Vos associations nombreuses consacrent leur action au souvenir d’un attentat, pour que rien ne soit oublié. D’autres réunissent des victimes de plusieurs événements. Il y en a qui portent un message dans les écoles, qui agissent à l’échelle internationale, qui luttent contre la radicalisation ou tout simplement viennent aider, accompagner, lorsque se produit un attentat ou une agression. Toutes sont légitimes aux yeux de l’Etat qui respecte leur singularité et dialogue avec chacune d’entre elles. Mais une fois que le pire advient, l’Etat doit être exemplaire dans ses réponses, dans ses procédures, dans ses réactions. Il y a d’abord la vérité, oui la vérité. La transparence qui doit être recherchée et dite sur chaque attaque, chaque attentat, chaque agression. C’est le devoir de l’Etat de répondre à toutes les questions y compris sur son propre rôle et de les assumer. C’est le rôle de la justice indépendante -et qui doit le rester- de condamner les coupables et d’établir la réalité des faits. Puis, il y a les missions des forces de sécurité, policiers, gendarmes, militaires, avec nos services de renseignement, et vous n’avez pas oublié l’administration pénitentiaire, de traquer les terroristes, de déjouer leurs projets criminels dans le cadre de l’Etat de droit, qui n’est pas un Etat de faiblesse, mais qui est la force de l’Etat. Cette guerre a déjà produit tant de victimes que l’organisation de l’Etat, la réponse des pouvoirs publics, le comportement des administrations, les règles d’indemnisation ne peuvent plus rester les mêmes. Le Gouvernement de Manuel VALLS en a tiré les conséquences en créant un secrétariat d’Etat entièrement consacré à la cause des victimes et en prenant appui sur une méthode qui associe pleinement toutes les parties prenantes dans la politique d’aide aux victimes. La secrétaire d’Etat, Juliette MEADEL, a été placée auprès du Premier ministre. Ce n’est pas une administration de plus qui viendrait encore compliquer ce cheminement vers les droits qui sont les vôtres. C’est une mission qui doit mobiliser tous les moyens de l’Etat, et au-delà même de l’Etat, pour coordonner, harmoniser -et j’allais dire- humaniser l’aide aux victimes. Parce qu’à l’horreur du crime barbare ne peut être ajouté l’accablement de démarches lentes, laborieuses, des décisions de prise en charge incompréhensibles ou arbitraires. Voilà pourquoi rien ne peut plus être comme avant, rien ne sera comme avant. Des décisions ont déjà été prises dès la survenance d’un attentat, une information aussi fiable que possible et adaptée aux circonstances est fournie à chaque étape de la prise en charge, aux premières questions qui peuvent se poser, savoir tout de suite ce qui se passe, quels seront les premiers droits à mobiliser, vers qui se tourner. Vous avez salué la cellule interministérielle d’aide aux victimes, c’est son rôle, c’est sa première fonction, accompagner tout de suite. Ce fut aussi le sens de l’ouverture à Nice d’un centre d’accueil des familles et un lieu d’information pour tous, alors même que les conditions étaient effroyables. L’accompagnement doit être global et vous avez eu raison d’insister sur la prise en charge médicale et psychologique qui est gratuite et qui sera garantie aussi bien dans l’immédiat que dans le temps long. Vient ensuite la question douloureuse de l’indemnisation, mais qui n’est rien d’autre que la solidarité de la Nation à l’égard des victimes et la prise en compte du traumatisme des vivants. C’est la mission, la compétence du Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme créé il y a 30 ans mais dont on voit bien qu’il ne peut plus rester en l’état. Cette indemnisation doit être juste et transparente. Juste parce que notre effort de fraternité doit se faire dans le respect de cet autre principe, l’égalité. Transparente parce que la relation humaine doit fonder les décisions qui sont prises et non pas simplement des critères mécaniques automatiques qui ne seraient rien d’autres que l’application de règles qui ne peuvent pas prendre en compte toutes les dimensions personnelles et tragiques. C’est pourquoi je l’annonce ici, le fonctionnement et les règles du Fonds de garantie seront réformés. Il y a aujourd'hui des millions, des milliers de personnes qui sont concernées, traumatisées, touchées à jamais par ce qu’elles ont vu, même si elles n’ont rien subi dans leur chair, mais dans leur mémoire hante encore le souvenir des attentats. Les ressources du Fonds seront revues en conséquence et l’Etat s’en portera garant dans la durée. Face à ce terrorisme de masse qui, c’est vrai, effraie et c’est pourquoi il veut nous viser, pour que la peur soit parmi nous, pour que nous doutions les uns des autres, pour que nous nous séparions alors que nous devons être unis sur ce qui fait la force de la Nation. Oui, cette peur, elle est là. Elle concerne aujourd'hui beaucoup de nos compatriotes, tous même, qui se disent un jour peut-être nous serons aussi touchés. Voilà pourquoi nous devons pérenniser l’action qui a été engagée, je parle bien sûr de tous les moyens pour prévenir les attentats, pour les dissuader, pour les empêcher et c’est un travail constant, qui appellera des moyens encore supplémentaires au-delà même de ce que j’avais décidé pour les renforcer. Oui, nous devons aussi assurer la pérennisation de l’action pour les victimes, c’était une des conclusions que je retiens de la commission d’enquête parlementaire sur les attentats terroristes de novembre 2015, prônant un véritable service public de l’aide aux victimes, avec la mise en place de droits pour protéger leur parcours dans leur reconstruction face aux autres aléas de la vie, car la réparation des corps ne suffit pas. La Nation doit aux victimes d’actes terroristes la reconnaissance de ce qu’elles ont vécu, cette empreinte que l’horreur abjecte leur a gravé à tout jamais, ces douleurs psychologiques, indicibles qui ne s’effaceront jamais, d’où la nécessité de l’accompagnement, du suivi, de la protection. C’est le sens aussi de cette cérémonie d’aujourd'hui. C’est la fraternité de la République qui doit s’exprimer là. C’est au nom de ce principe, la fraternité qu’a été créée une médaille de reconnaissance aux victimes d’actes terroristes, c’est un symbole qui contribue au devoir de mémoire. Puis, il y a une dernière forme de reconnaissance, celle que nous devons aux victimes pour ce qu’elles nous apportent, pour ce que vous nous donnez encore aujourd'hui, vous avez connu une tragédie, mais vous voulez vivre, vous vous battez et vous parvenez à vous relever. Votre énergie est un exemple, en vous regardant, en vous écoutant, je sais qu’au-delà du chagrin qui vous étreint il y a le courage, il y a la force, il y a l’espérance qui se dégage de vos combats. Mesdames et Messieurs, vous nous montrez le chemin. Cette reconnaissance est un hommage aux morts que je salue, mais c’est aussi un regard vers l’avenir. Me reviennent les mots du poète Pierre EMMANUEL -il les avait écrit au cours de la Seconde guerre mondiale quand des martyres étaient sacrifiés, et quand il fallait aussi saluer leur mémoire- voilà ce qu’il disait : « Ces morts, ces simples morts sont tout notre héritage, nous ne laisserons pas en friche leur image. Les vergers fleuriront sur les près reverdis. Vous, qui avez connu le pire, vous nous donnez cette leçon de vie qui s’appelle l’espoir. Vous êtes plus que jamais les dépositaires de cette indispensable mémoire qui vaut lucidité pour le destin commun qui fait la République et qui fait la France ».